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FINI DE JOUER AVEC NOËL !

Quand surgit une colère, une révolte, c’est qu’on est passé à côté d’une dimension essentielle. La réaction est à la mesure de ce qui échappe et sur lequel on n’a pas de prise.

J’ai trouvé ce que l’Église en France devrait dire devant cette insurrection des fins de mois que nous connaissons. Annoncer qu’on ne fêtera pas Noël cette année. Le 25 décembre sera un jour comme un autre : pas d’office, pas de crèche, pas d’enfants. On va revenir aux dimanches ordinaires…

Elle dira que notre peuple n’est pas dans un état d’esprit qui lui permet de fêter Noël. Le cri de désespoir qui le traverse est incompatible avec le mystère de Noël, avec l’espérance de l’Avent, avec l’accueil d’un enfant étranger.

Dans mon enfance il n’y avait pas que des fins de mois qui étaient difficiles. Mais à Noël on oubliait tout pour se réjouir de ce qu’on avait. Les familles les plus modestes se retrouvaient avec le peu qu’elles avaient. Dans la nuit, les pauvres se sentaient riches du toit sur leur tête, du repas amélioré, de la bûche supplémentaire qui chauffait la maison et surtout de la chance d’avoir un papa, une maman, des frères et des sœurs qui s’aimaient. On échangeait des petits riens qui étaient pleins de choses. On allait voir Jésus à la crèche, dont la seule richesse était l’amour que nous lui manifestions. On prenait conscience qu’il y avait plus pauvres que nous. S’il restait un peu de gâteau, on allait en donner une part au voisin malheureux.

Qu’on rappelle à notre société qu’il y a des pauvres qui ont des difficultés à vivre, voilà qui va bien à Noël. Qu’on dise aux nantis que les pauvres ont des droits, qu’on redise le projet d’un monde plus juste pour tous, voilà qui s’accorde bien à Noël.

Mais ce que j’entends, n’est pas l’amour des pauvres, le souci de ceux qui n’ont rien, l’amour qui appelle au partage et à la justice. J’entends une population qui a peur de devenir pauvre, qui n’aime pas les pauvres. Tout le monde se dit pauvre pour avoir le droit de crier ! Les pauvres riches sont obligés de quitter le pays puisqu’on les gruge... Les pauvres pauvres ferment leur maison à plus pauvres qu’eux. Je vois un pays riche qui se dit trop pauvre pour ouvrir sa porte à moins riche que lui.

Voilà sans doute bien des années que Noël est devenu le lieu de cette mutation. On invite l’enfant à désirer tous les biens de la terre et il se croit tout puissant jusqu’au moment où la limite de l’appétit ou de l’argent va faire de lui un frustré. On voulait en faire un riche comblé et il se retrouve un pauvre déçu.

Le père Noël est devenu beaucoup trop riche et ne peut plus s’arrêter à l’étable où vient de naître l’Enfant Dieu.

J’ai envie de bloquer son traîneau au carrefour !

Pardon, je deviens violent… !

Jacques Noyer, Évêque émérite d’Amiens (Mission de France, 2018)